Les Français bouderaient dans leur choix de destination, tous les pays à majorités musulmanes. Certains iraient même jusqu’à annuler leur séjour parce que le vol comprend une escale à Dubaï ! Voilà le genre de comportement auquel doivent faire face les professionnels du tourisme, nous informe Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, dans une newsletter récemment envoyée.

Cette attitude profondément désolante est bien évidemment liée aux enlèvements et décapitations d’Occidentaux par des groupes terroristes islamistes. Mais elle est, je pense, révélatrice d’un grave problème de fond, composé d’un manque flagrant d’informations (ou d’un accès à une information déformée), et de préjugés tenaces qu’il est urgent de faire tomber.

Prenons un peu de recul

Tout d’abord, il serait bon de relativiser les évènements. Aussi intolérables soient les enlèvements d’Occidentaux, et abominable le sort qui leur est réservé, le nombre de victimes est, il faut le rappeler, plutôt faible. Sur les 10 dernières années, combien de Français ont été kidnappés par des terroristes islamistes ? Une quinzaine. Parmi eux, combien étaient des touristes ? Cinq, six… Les autres victimes étant principalement des journalistes ou des humanitaires officiants dans des pays en guerre ou classés comme très dangereux.

Les pays et les zones à éviter sont clairement identifiés. S’il est évident qu’en ce moment on ne va pas voyager en Syrie, Irak et autres pays en guerre, il n’y a pas de risque particulier à visiter des pays comme le Maroc, la Turquie, l’Indonésie, Oman, etc.

Attention aux images véhiculées par les médias

Ensuite, il faut que nous arrêtions de nous faire un avis sur un pays en nous basant uniquement sur des reportages TV ou des articles de presse. Il est temps de comprendre que les médias sont dans une course à l’audience, et que, par le choix des sujets traités ainsi que l’angle qu’ils y donnent, faussent bien trop souvent la réalité.

Je suis en Inde depuis 7 mois pour traverser le pays à pied. Quand est-ce que vous avez entendu parler de l’Inde pour la dernière fois ? Quand une touriste s’est fait violer, ou quand le pays a nommé un ministre du yoga ? Des sujets qui font appel à votre émotion (la peur dans le premier cas, la moquerie dans le second). Sauf que, croyez-moi, vous avez bien plus de risque de vous faire violer en France qu’en voyageant en Inde (75.000 viols déclarés par an en France), et qu’un ministre du yoga n’a rien de ridicule quand on connait un peu la politique et la culture du pays.

Mais avez-vous entendu parler de sujets « sérieux », faisant appel à votre réflexion ? Saviez-vous que pour parer au réchauffement climatique, un chercheur indien avait inventé des glaciers artificiels, afin d’en contrôler la fonte et gérer les approvisionnements en eau des zones rurales ? Saviez-vous que le gouvernement indien s’était opposé à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) afin de maintenir en place un système de subventions qui permet aux populations les plus pauvres du pays (800 millions de personnes) d’acheter les céréales de base (riz, blé, orge) ?

Arrêtons les amalgames

Enfin, le point le plus important à mes yeux : Arrêtons avec les amalgames stupides (pour ne pas dire racistes). Les musulmans n’ont rien à voir avec Daech ou Al-Qaïda. Il n’y a aucun lien entre eux. Et j’insiste, aucun ! Pas même la religion, qui est détournée et déformée par les groupes terroristes afin de justifier des crimes, des attentats, et faciliter le recrutement de nouveaux djihadistes.

Il y a deux mois, j’avais été choqué par la campagne #NotInMyName sur internet, et par le fait que la communauté musulmane se sente obligée (de peur qu’on leur reproche de n’avoir rien fait) de manifester dans la rue pour dénoncer les actions des terroristes. Parce que oui, il y a malheureusement des gens qui associent musulmans et Daech.

Un récent rapport publié par le CPDSI (Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam) nous apprend, et ça risque d’en surprendre quelques-uns, que les candidats français au djihad sont à 80 % issus d’une famille athée et seuls 10 % comportent un grand-parent immigré. Autre fait intéressant dans ce rapport, 91 % des recrutements se font sur internet, via les réseaux sociaux et les sites de partages de vidéos, et non dans les mosquées comme certains pourraient le penser.

On peut donc se poser la question du pourquoi si peu de musulmans rejoignent les rangs de Daech ? La réponse est simple ; les musulmans, eux, connaissent l’Islam et le Coran, et savent donc très bien qu’il n’y a aucun rapport entre leur religion et les messages apocalyptiques prônés par Daech !

Amis voyageurs, ne désertez pas les pays musulmans !
Ne les privez pas de revenus vitaux. Ne vous privez pas de magnifiques voyages à l’hospitalité sans égale.