La traversée de l’Inde à pied : Le point final

Le point que je m’apprête à faire aujourd’hui quant à ma traversée de l’Inde à pied, va être sensiblement différent des autres. Aujourd’hui ni photos, ni anecdotes… mais une annonce, j’ai décidé d’arrêter l’aventure, ainsi que des explications pour que vous compreniez cette décision inattendue.

Une préparation minutieuse

Cette aventure, rêvée et attendue pendant un an, avait été préparée sur le plan physique, technique et psychologique. Je faisais du sport 5 fois par semaine pour développer mon endurance et ma résistance physique, j’étais suivi par une équipe médicale pour résoudre de vieux problèmes de genou. J’ai passé des heures à optimiser mon sac à dos et à trouver du matériel technique haut de gamme afin d’être le plus léger possible, j’ai appris à lire des cartes, à utiliser une boussole et un GPS. Mentalement, j’étais prêt à souffrir et à affronter toutes sortes de galères (mal des montagnes, vent, neige, mousson, chaleur, soif, faim, puces, cafards, attaque de chiens, agression, etc.). Il y avait même une part masochiste en moi qui voulait que je souffre, que je sois confronté à toutes ces galères afin de pouvoir tester mes limites, afin d’avoir des choses à raconter dans un livre. Je crois même avoir pensé qu’il y aurait quelque chose de noble si je perdais la vie dans les montagnes himalayennes.

Où en suis-je aujourd’hui ?

Huit mois après être arrivé en Inde, en cette période de fin d’année propice à faire des bilans, je me rends compte que je ne pourrai plus traverser l’Inde à pied dans son intégralité.

Les calculs les plus optimistes confirment que je n’aurai plus le temps – principalement pour des raisons de visa – de rejoindre le sud de l’Inde avant le mois d’août. Cette date butoir m’est imposée si je veux pouvoir retourner au Ladakh pour parcourir la partie inachevée cet été à cause d’un genou défaillant. Jusqu’à présent, j’avais toujours mis un point d’honneur à parcourir l’intégralité du pays à pied, sans délaisser le moindre centimètre. Cette rigueur auto infligée, m’avait parfois poussé à revenir sur mes pas, faisant ainsi deux fois le trajet, pour franchir dans l’autre sens, 100 ou 200 mètres qui étaient impraticables quelques jours plus tôt. Il m’est arrivé de franchir un col à 5.400m deux fois de suite pour cette raison.

J’ai le sentiment désormais que le fil de l’aventure est rompu. Si je devais continuer, ça ne serait plus pour traverser l’Inde à pied, mais simplement pour voyager en marchant. Bien que cette perspective soit réjouissante, je ne suis pas certain d’avoir envie de le faire. Si je continue, je sais très bien que je n’aurais pas l’envie de retenter la traversée complète si j’ai déjà fait 80% de l’itinéraire.

Maintenant que ma décision est prise, j’ai envie de revoir mes proches, plus particulièrement ma grand-mère qui fait face à un sérieux pépin de santé. Envie de rentrer pour préparer de nouvelles aventures, retrouver un rythme qui me fait cruellement défaut en ce moment à cause d’une tendinite qui m’oblige à glander depuis plus de cinq semaines. J’en ai marre d’attendre. Ça m’est arrivé trop de fois au cours de ce périple. Attendre que la neige fonde, attendre que mes pieds cicatrisent, attendre un important colis égaré, attendre un visa, attendre qu’une putain de tendinite se fasse la malle… Je m’étais préparé à l’action, aux rencontres, aux imprévus. Pas à attendre.

Aucune déception. Je suis complètement serein.

Je ne regrette rien, si ce n’est de décevoir tous ceux qui ont cru en moi, qui m’ont suivi et encouragé.

Bien que dans les faits ce soit le cas, je n’ai pas le sentiment de rentrer comme un perdant. J’ai appris beaucoup de choses, fait des rencontres extraordinaires, vécu des moments magiques que je souhaite à chacun d’entre vous de pouvoir vivre au moins une fois dans votre vie.

J’ai découvert un mode de voyage que je ne connaissais pas (avant cette aventure, je n’avais finalement jamais vraiment marché).

Je tire également une grande leçon de cette aventure : le dépouillement et le détachement sont de véritables richesses. On peut être riche de rien !! Et ne croyez pas ceux qui vous disent le contraire (je détaillerai ce point dans un prochain article).

Merci de m’avoir suivi dans cette aventure (voir les remerciements).
Le blog et la page Facebook continuent de vivre.

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  • Costentin

    C’est votre légende personnelle et vous seul savez ce qui est bon pour vous et quel chemin prendre.
    Bravo pour cette aventure et bienvenu parmi les vôtres
    C’est l’absence qui fait prendre conscience de la présence. Votre route continue, bonne route !!!

  • Amélie

    Cousin, on sera toujours fier de ce que tu entreprends : parceque toi tu entreprends !!!!
    Cet arrêt précipité nous offrira au moins la chance de te voir plus tôt.
    À bientôt
    Amelie

  • Sévin Odile

    Quoi qu il en soit tu auras fait ce que des millions d autres n auraient jamais osé tenter. Rien que pour ça chapeau l artiste!
    Au plaisir de suivre d autres aventures et peut être que tu suivra mon tour du monde en famille (encore en mode « on aimerait »)…

  • malheureusement les projets sont parfois faits pour etre défaits. le plus important, ne pas forcer, ne pas rester, au contraire il faut s’adapter, se montrer patient et savoir rebondir ! faut dire que l inde c vraiment le pays où l on doit attendre … j ai du aussi arreter mon tour du monde au bout de 4 mois et un seul pays traversé alors que je prévoyais 2ans de périple. je te comprends tt a fait !

  • *** ne pas rester figer *** jai oublie un mot