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10 jours au monastère de Phuktal

Présentation du monastère de Phuktal

Le monastère de Phuktal

Si vous êtes des fidèles de l’excellente émission Rendez-vous en terre inconnue, présentée par Frédéric Lopez, vous avez peut-être déjà entendu parler du monastère de Phuktal. Gilbert Montagné qui avait séjourné au Zanskar, dans le village de Purni (à 5 km de Phuktal), avait eu la chance de le visiter.

Personnellement j’ai découvert ce monastère dans un documentaire de Marianne Chaud intitulé Himalaya, le chemin du ciel, qui nous fait suivre le quotidien de Kenrap, jeune moine de 8 ans. Moine que j’ai d’ailleurs retrouvé (il a 15 ans maintenant), et qui contrairement à ce que laisse penser le documentaire, est loin d’être éveillé…

Phuktal se situe au nord de l’Inde, dans la partie himalayenne du pays, dans une région que l’on appelle le Zanskar. Les habitants du Zanskar sont les Zankarpas, et ils parlent le… zanskari.

Le monastère d’une soixantaine de moines (35 enfants et 25 adultes) a été construit au XII siècle à l’intérieur d’une grotte. Particulièrement isolé (compter 3 jours de marche + une journée de jeep pour retrouver la civilisation), il se trouve à une altitude de 3.900 m. Le premier Occidental à avoir séjourné là-bas, est un Hongrois du nom de Sándor Kőrösi Csoma. C’était en 1826. Je vous invite à lire son incroyable biographie Celui qui vivait comme un rhinocéros, écrite par Sylvain Jouty.

Vue sur PhuktalRegardez le bâtiment blanc, en bas et au centre de la photo. La fenêtre en haute à gauche est celle de ma cellule.

L'intérieur du monastère

Que diable vais-je faire à Phuktal ?

Pensez-vous qu’il faille toujours une bonne raison pour faire quelque chose ? Moi, je ne le pense pas. Et ça m’arrange, car pour être honnête, je n’ai pas la moindre idée du pourquoi j’ai voulu aller dans ce coin perdu. J’ai juste vu des images incroyables. J’ai donc voulu le voir de mes propres yeux. Je ne me suis pas posé de questions, j’y suis allé. Simple non ?

En fait, ce premier séjour qui était l’occasion de faire connaissance avec les moines et de me faire accepter par la communauté, n’est que la première étape d’un plus long projet : passer un hiver complet avec les moines, dans leur monastère, sans possibilité de rejoindre la civilisation à cause de la neige. Tout comme l’avait fait Olivier Föllmi (célèbre photographe de voyage) dans les années 80.

Mon quotidien avec les moines

Vivre à Phuktal c’est un peu comme remonter le temps et revenir au moyen âge. On dort dans une petite cellule (5m2) sur un matelas crasseux posé à même le sol (encore plus crasseux). De la poussière tombe du plafond, des gouttes d’eau aussi quand il pleut. Le soir j’avais la visite d’une petite souris qui se baladait sur les branches qui constituent le plafond. Les toilettes sont de simples trous au-dessus de la falaise. La « salle de bains », en plein air, se résume à un tuyau d’eau qui se trouve à 200m de la chambre. On ne peut s’y laver que les mains, le visage et les dents ; mais la vue imprenable est d’une beauté renversante. Si l’on veut se laver complètement, il faut aller à la rivière (un bon quart d’heure de marche). Ça va peut-être vous paraitre étrange, mais quand il fait beau, c’est vraiment agréable. Et pendant qu’on se lave, on fait sécher son linge sur les rochers chauffés par le soleil. On mange des produits sains, frais, cultivés dans les champs de la vallée. Pas de viande ; que des soupes, des légumes, du riz et des nouilles fraiches. Un régal.

Vivre à Phuktal, c’est retourner à l’essentiel. Pas de superflu… Putain qu’ça fait du bien !!

Ma petite celluleMa cellule est trop petite ; je n’ai pas assez de recul pour la photographier en entier.

Jour de lessiveLessive dans la « salle de bains ». Quand je vous disais que le vue était incroyable ;-)

Exemple d’une journée type

6h30 : Réveil en douceur. Si à 6h45 je ne suis pas sorti de mon sac de couchage, un petit moine a pris l’habitude de venir me réveiller.

7h00 : Direction la « salle de bains ». Un jour sur deux, sur le chemin je croise un vieux moine de 80 ans qui remonte du bois dans un panier (type panier de vendange en osier). Du coup, je porte son fardeau jusqu’à sa cellule… Un enfer tellement c’est lourd ! Comment arrive-t-il à porter une telle charge à son âge ?

7h30 : Séance de sport. Vaut mieux ne pas avoir croisé le vieux avec son bois juste avant ;-)
Footing autour des chortens. Les meilleurs, ils ont dix, douze ans, mettent moins de dix minutes pour faire le parcours. J’en mets plus de quinze.

8h00 : Petit déjeuner. Thé au beurre (ça par contre, ce n’est franchement pas bon), reste de la soupe de la veille s’il y en a, et la fameuse tsampa (farine d’orge grillée).

9h00 – 11h00 : Je donne des cours d’anglais. Si, si. Je suis sérieux. Ceux qui connaissent ma maitrise de la langue de Shakespeare peuvent se marrer.

11h00 : Je suis en cuisine pour préparer le repas. Deux moines sont affectés à cette tâche, et visiblement ce n’est pas ce qu’ils préfèrent… contrairement à moi.

12h00 : Repas. Souvent du riz avec des légumes (tomates, poivrons, oignons, pommes de terre, aubergines, carottes) cuits dans un bouillon aromatisé au curcuma et au garam masala.

13h00 : À l’aide d’une pierre, je réduis en poudre diverses plantes, fleurs et épices séchées servant à faire des traitements ayurvédiques.

14h00 : Diverses occupations en fonction des besoins de la communauté. Construction d’un pont ou d’un escalier en pierres, ramassage de bois, aller chercher ou rapporter des ustensiles dans les villages alentour, etc.

15h00 : Si je suis au monastère (pas souvent à cette heure là), c’est la pause thé.

18h00 : Je suis en cuisine pour préparer le repas du soir.

19h00 : Repas. Souvent c’est thukpa. Soupe dans laquelle on met des nouilles (fraiches, faites juste une heure plus tôt).

19h45 : Tout le monde a regagné sa cellule. Je fais de même et bouquine un peu.

21h00 : Je dors déjà à poings fermés.

La cuisineL’intérieur de la cuisine. Simple… mais fonctionnelle.

Salle de classe organisée sur le toitCours de philo sur le toit (l’école a été détruite le 7 mai 2015 par une gigantesque inondation).

Et la suite…

J’ai prévu de retourner à Phuktal en mai et juin 2016 (ou juin et juillet, si les cols ne sont pas encore accessibles en mai). Il faut que je commence à constituer mon stock de bois pour l’hiver (y’a pas de chauffage là-bas, et l’hiver il fait -20°C).

J’ai aussi envie de les aider à reconstruire l’école qui a été détruite le 7 mai 2015 à cause des inondations. Ainsi que tout ce qui aura était détruit par le prochain hiver (chemins, ponts, etc.). Et puis Lama Thinley, chargé des cours de philosophie bouddhiste, voudrait que j’enseigne le français…

2 jeunes moines de Phuktal