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Retour au monastère de Phuktal (Inde)

Monastère de Phuktal

Voici un peu plus de 4 heures que je marche depuis Anmu, petit village de 6 maisons où j’ai passé la nuit. Je vois enfin le petit pont, dont le plancher réalisé de branches tressées, fait si peur aux villageoises qui veulent l’emprunter pour se rendre sur l’autre rive. Je sais qu’à partir de maintenant, je ne suis plus très loin. D’ici 5 minutes, après cette coulée de roche rouge qui masque la vue, je vais déboucher sur le monastère. Mes pas s’accélèrent, mon rythme cardiaque aussi. Quand soudain, le voici qui apparait. Revoir ce monastère construit au 12ème siècle, à flanc de montagne, me fait une impression aussi forte que la première fois. J’en ai les larmes aux yeux.

Nous sommes le 3 juin 2016, il est 12h15, et comme je me l’étais promis un an plus tôt en en repartant, je suis de retour à Phuktal.

Je ne sais pas pourquoi je commence le récit de ce séjour en empruntant un style littéraire, plutôt que sous une forme plus directe et personnelle propre au blog… Après hésitation, j’ai finalement décidé de laisser ce début de texte dans son premier jet.

 

terrasse de Phuktal

Que s’est-il donc passé à Phuktal lors de cette saison 2 ?

Si vous me suivez, vous savez que je voulais retourner à Phuktal, en partie pour aider les moines. Je suis donc, grâce à la générosité de ceux qui m’ont acheté des photos en novembre dernier, arrivé avec un sac à dos bien rempli avec :

  • Du matériel médical : compresses, bandes, pansements, ciseaux, etc.
  • Médicaments et désinfectants : plus de 300 comprimés d’ibuprofène, savons antiseptiques, plusieurs flacons de désinfectants, crèmes et solutions diverses.
  • Un guide médical (en anglais) de 43 pages pour apprendre entre autres à soigner une plaie, traiter une brulure, gérer une fièvre ou une diarrhée, soigner une morsure de chien, traiter un abcès dentaire, etc. J’ai bien évidemment adapté le guide à leurs compétences, à leur condition de vie et aux matériels dont ils disposent.
  • 120 tirages de photos prises l’année dernière
  • Une enveloppe contenant 50.000 roupies (650 euros)

donation au monastère de PhuktalUne petite partie des dons apportés au monastère

Après quelques difficultés pour me reconnaitre (je n’ai plus mes cheveux longs, ni ma grosse barbe), j’ai eu le droit à un accueil chaleureux et à la traditionnelle cérémonie des remerciements avec la remise du fameux Khata (écharpe traditionnelle de soie blanche).

Cette année, pas besoin de mes compétences d’enseignant. Et ça tombe bien, je n’en ai pas. En fait, 2 jeunes étudiants volontaires, originaires de Delhi, étaient là pour enseigner pendant 1 mois, avant pour l’un de partir faire son master d’ingénierie en Nouvelle-Zélande, et pour l’autre un PhD (doctorat) en biologie en Australie. Il y avait au total 4 profs, pour 4 groupes de niveau… J’ai donc pu me consacrer à mon activité favorite, la cuisine.
Le mois de juin, c’est la saison de la pomme de terre. J’ai de la chance, j’adore ça. Et je vais en manger bien plus que je n’en voulais… car il faut les éplucher les patates pour 60 personnes !
Le cuisinier et son aide (arrivé cette année), ne parlent pas un mot d’anglais. On ne communique que par signes. Ils essayent de m’apprendre quelques mots de Zanskari (le dialecte local), et moi le Français. Et quand ils entendent une phrase qui sonne bien à leurs oreilles, ils la répètent indéfiniment comme un mantra. Sauf qu’à la place d’avoir un « Om mani padme hum », on a un « Oh, c’est bon ça » ou un « Où, est le couteau ».

 

Vue depuis la cuisineVue depuis la cuisine

le chef de la cuisineLe chef cuisinier (et son assistant au second plan)

 

Mes journées ne se résument pas à la cuisine. J’ai aussi du temps pour moi. Beaucoup de temps. J’en profite donc pour lire (8 livres en 15 jours), me promener, et réfléchir. Réfléchir au monde qui m’entoure, à ma vie, à ce que j’en fais. Je me rends compte que je suis bien ici, en pleine nature, hors du temps, hors du stress, loin de toute forme d’agression. J’aimerais pouvoir y rester plus longtemps. Six mois, un an. Et si la vie de moine me convenait ?
En approfondissant le sujet, je me rends compte que la vie monacale n’est pas faite pour moi. J’ai trop soif de découverte, trop besoin de bouger, trop envie de rencontrer du monde, trop envie de me mettre en danger (pas forcément faire des choses périlleuses, mais au moins sortir de ma zone de confort).

J’ai eu l’occasion de penser aux prochains projets que je voudrais mener. Je vous en reparlerai en temps et en heure. Rien n’est définitif, mais j’ai un premier projet qui se fait à vélo. Le second, qui nécessite une préparation technique, se passe dans les rivières himalayennes.

l'école

 

La vie dans le monastère n’a pas changé. Les moines sont fidèles à eux-mêmes. Les enfants sont toujours aussi joueurs et bagarreurs. Les adultes toujours aussi tranquilles et détachés.
Cinq jeunes enfants sont arrivés depuis l’année dernière. Un p’tit vieux de 83 ans est parti. Je me souviens bien de lui. Tous les matins il attendait que j’aille me brosser les dents à la source, pour que sur le chemin du retour, je lui porte son panier rempli de bois. Le malin ! Pour son âge, il était d’une force et d’une agilité incroyables. Mais un problème pulmonaire qui a dégénéré lui a donné son ticket pour un nouveau tour sur terre, dans une nouvelle vie…

moines rebelles

ma celluleLa grande fenêtre du bâtiment gauche est celle de ma cellule

un lama prend une photoLe smartphone n’appartient pas au moine… mais à la prof qui fait le « V » avec ses doigts

 

Que font 4 jeunes moines quand ils découvrent qu’ils sont filmés ?

 

Nous sommes déjà le 20 juin, et je dois maintenant repartir. Impossible de rester plus longtemps. Je dois repasser par Leh pour récupérer des affaires, puis redescendre sur Delhi où un vol pour Mumbai m’attend.
Les moines espèrent me revoir l’année prochaine, mais je ne pourrai probablement pas honorer ce rendez-vous.
Je devrais être habitué aux au revoir et aux adieux. Cela fait partie de la vie d’un voyageur. On sait que les rencontres sont courtes et éphémères; c’est pour ça d’ailleurs qu’elles sont aussi fortes. Mais rien n’y fait, ça me fait toujours aussi mal. Je ne traine pas. Je salue rapidement tout le monde, j’enfile mon sac à dos, j’empoigne mes bâtons de marche, et j’attaque le chemin du retour sans me retourner. Je suis trop sensible pour ces conneries là…

 

Pour ceux qui ont participé à la collecte, les enfants ont un message pour vous :

les moines vous disent merci

 

PS : Je sais, certains diront encore qu’il n’y a pas de photos de moi… Que voulez-vous que je vous dise. Ce n’est pas moi le sujet de l’article. Je ne vais pas faire comme cette mère que j’ai entendu dire à son fils :
« – Vas-y, prends-nous en selfie.
– Pour quoi faire ? Répond le garçon. J’ai déjà des photos du monastère.
– Oui mais comme ça on aura la preuve qu’on est bien venu ici ! lui rétorque la mère »

Bon allez, mais c’est juste pour vous faire plaisir. Cherchez l’intrus :

photo de groupe

 

PPS : Je n’ai pas de photo de la nouvelle école. Elle est en cours de construction. Une équipe d’une dizaine de Népalais s’attèle à la tâche. Et pourquoi des Népalais ? Tout simplement parce que ça coute moins cher que de faire bosser des Indiens (le dumping social concerne aussi les pays pauvres).

 

PPPS : Pour ceux que ça intéresse, voici la liste des 8 livres lus durant mon séjour au monastère :

  • Alex de Pierre Lemaitre (excellent polar avec de nombreux rebondissements)
  • Mémoire d’un jeune homme dérangé de Frédéric Beigbeder (pour des tas de raisons j’ai envie de le détester ce Beigbeder… mais impossible, ce connard écrit trop bien)
  • La vie est facile, ne t’inquiète pas de Agnès Martin-Lugand (la suite du livre Les gens heureux lisent et boivent du café – ce second volet est encore meilleur que le premier)
  • Aventuriers des glaces de Nicolas Dubreuil (biographie de cet incroyable explorateur)
  • Et je danse aussi de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat (très bien écrit, avec une forme vraiment originale)
  • La nuit des temps de René Barjavel (classique à découvrir ou redécouvrir)
  • L’étranger de Camus (que dire d’un tel livre ? La première partie peut surprendre par le style et le rythme faussement simpliste de l’écriture. La réflexion que mène le personnage dans les derniers chapitres est juste énorme ! À lire au moins une fois dans sa vie)
  • Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler (je sais, ça peut prêter à sourire, mais ce livre est plutôt une bonne surprise – à lire pour comprendre un peu mieux l’envers de la vie d’un politique de premier rang)