Devenir berger dans les Pyrénées, et réaliser un rêve

Une chose que peu de gens peuvent imaginer à propos du marketeur que je suis… c’est que j’ai exercé le métier de berger 😮

Ce n’était pas dans une autre vie.

C’était il y a 2 ans, lors de l’été 2018 (du 1er juin au 30 septembre).

Ce qui est beau dans le mode de vie que j’ai adopté, et dans le fait de gérer une activité sur internet, c’est que j’ai une grande flexibilité dans mon organisation, et que j’ai beaucoup de temps pour moi. Pour réaliser mes rêves.

Et exercer l’un des plus vieux métiers du monde en était un.
(on dit que le métier de berger date de plus de 10.000 ans)

Cet article est composé de 3 (+1) parties :

  1. Présentation du métier de berger
  2. Mon expérience de vie de berger en montagne
  3. Formations pour devenir berger
  4. Remerciements

Si vous voulez voir photos & vidéos de mon expérience, passez directement à la partie 2.

Présentation du métier de berger

Tout le monde sait que le rôle d’un berger est de garder un troupeau de moutons.

Ça, c’est la vision simpliste du métier.

Mais avant de vous expliquer l’ensemble des missions du berger, je vais revenir sur le vocabulaire.

– Un mouton désigne un animal du genre ovins. Ces fameux mammifères ruminants que l’on compte pour s’endormir.

– Le mouton mâle est un bélier. Le mouton femelle est une brebis. Le bébé mâle est un agneau, et le bébé femelle est une agnelle.

– L’estive est la période de l’année où les animaux sont montés à la montagne (4 mois de juin à septembre). Mais ce mot désigne aussi la zone de pâturage attribué au berger pour son troupeau.

– La transhumance est le déplacement des troupeaux de la bergerie (où les animaux passent l’hiver) à la zone d’estive. De nos jours – sauf dans quelques fêtes traditionnelles – la transhumance se fait par camions.

Que fait le berger ?

Le berger garde, en fait, un troupeau de brebis (il n’y a que des femelles).

Il est responsable du bon état général des bêtes.

Il s’assure qu’elles mangent bien, et qu’elles soient en bonne santé. Le cas échéant, le berger est amené à prodiguer des soins sanitaires (désinfection de plaies, injection d’antibiotique, plâtrage de membres cassés, mise bas, etc).

Le berger doit aussi protéger son troupeau des agressions… Comme les attaques de prédateurs (loups dans les Alpes, ours dans les Pyrénées). Mais ça peut être aussi les chiens laissés en liberté par des randonneurs.

Dernier point méconnu. Le berger gère les ressources fourragères de la zone de pâturage qui lui est attribuée. Il établit un plan de pâturage, et déplace le troupeau sur les différentes zones de l’estive en fonction de la quantité et de la qualité des ressources disponibles.

Conditions de travail

Le berger est employé par un groupement pastoral (associations d’éleveurs), communément appelé GP.

Son contrat de travail est un CDD de 4 mois.

Le travail est très exigeant sur le plan physique. On marche des heures tous les jours, dans des zones accidentées (voire dangereuses), parfois dans des conditions météo difficiles (vent, pluie, brouillard). Il faut se lever tôt (5h, 5h30 au mois de juin) et on rentre à la cabane parfois la nuit tombée. Cabane qui parfois est d’un confort très rustique.

Mais le métier est aussi très exigeant sur le plan mental. Le berger travaille la plupart du temps seul, avec pour seul compagnon son ou ses chiens.

Malgré les grands espaces et la solitude, le berger n’est pas à l’abri d’un travail sous pression. À cause d’éventuelles attaques de prédateurs. Mais aussi parfois à cause du groupement pastoral. Il ne faut pas perdre de vue que le troupeau est le capital des éleveurs. Que le métier d’éleveur est lui même difficile. Et donc la pression (économique) que subissent les éleveurs se répercute sur le berger.

Enfin, le métier – s’il fait rêver le grand public – est assez mal considéré par les professionnels du monde agricole. Il ne faut pas oublier qu’il y a 50 ans, c’était l’« idiot du village » qui gardait le troupeau.

Les risques du métier de berger

Le principal risque – et c’est un risque qui peut être mortel – est la chute. Il y a de nombreux passages abrupts, étroits, et/ou très glissants qui n’autorisent pas l’erreur.

Il ne faut pas oublier les risques météo. Notamment la foudre quand on se fait prendre par des orages. Mais aussi le brouillard où il devient très facile de se perdre (même sur un chemin où l’on passe plusieurs fois par jour).

Autre risque plus anecdotique, mais non négligeable, les vipères. 4 ou 5 fois dans la saison j’ai failli marcher ou poser ma main sur une vipère.

Enfin, le risque le plus difficile à éviter et à anticiper… l’aspect psychologique et moral. Gérer la solitude, les moments difficiles (et y’en a), le stress et la pression.

Quand vous êtes seul, isolé du monde, personne ne viendra vous aider pour sortir du lit à 5h du mat’. Personne ne viendra vous aider pour faire votre lessive à la main, pour vous laver à l’eau froide en rentrant le soir à la cabane, ou pour faire 300m sous la pluie juste pour faire une chose aussi basique que d’aller chercher de l’eau pour faire cuire ses pâtes.

Autre risque, lié à cette solitude et à la rudesse du métier… l’alcoolisme. Dans le milieu agricole, on picole pas mal. Attention donc si des bouteilles d’alcool trainent dans la cabane. Il faut un mental fort pour ne pas transformer la bouteille de Ricard en compagnon de soirée.

Salaire

Le salaire d’un berger débutant est d’environ 1.800€ bruts. Et peut atteindre 2.500€ bruts pour un berger expérimenté (10 ans d’ancienneté).

Le berger est logé par son employeur, dans une cabane plus ou moins confortable.

Même si le métier ne connait pas la crise et que l’on trouve des postes relativement facilement, le statut de berger est relativement précaire. Il ne fait qu’enchainer des CDD de quelques mois (et les conditions de logement sont parfois très limites).

Autant dire qu’on ne devient pas berger pour l’argent.

La plus belle récompense du berger est offerte par la Nature.

Ma vie de berger en montagne

J’ai passé 3 mois sur l’estive de Campalou-Embyzon, près d’Ax-les-Thermes (Ariège). Je n’ai plus les chiffres exacts en tête, mais la zone de jeu devait faire dans les 450 hectares et s’étirait sur une longue bande de 7 kms.

Avec mon berger formateur, nous étions responsables d’un troupeau de 1.600 brebis de race tarasconnaise.

Puis j’ai passé 1 mois sur l’estive de Siguer-La Unarde, pour remplacer un berger qui a fait défection de poste après un pétage de plombs (quand je vous dis que le métier est difficile moralement). Estive immense pour un gigantesque troupeau de 2.800 bêtes. Troupeau tellement grand qu’il faut le répartir entre deux bergers.

La cabane de Campalou

Je vous laisse découvrir la cabane (j’y ai passé 1 mois) et l’ambiance paisible qui règne autour…

Bien qu’il n’y ait ni wc, ni salle de bains, ni même l’eau courante… la cabane est très agréable à vivre.

Vous allez comprendre pourquoi je la trouve confortable quand vous allez découvrir celle d’Embyzon 🤣

L'espace cuisine

La cuisine bien équipée, gazinière, four, évier 2 bacs. Mais pas d’eau courante.

La cabane du berger à Campalou

La table à manger et une banquette pour dormir. En haut à gauche, un petit garde-manger pour y stocker formages et charcuterie à l’abri des mouches.

poële

Un poële à bois et un espace rangement pour le bois et la nourriture.

La cabane dispose aussi d’une chambre pouvant accueillir 2-3 personnes.

Ravitaillement de la cabane

Si vous vous demandez comment le berger fait pour faire ses courses, alors qu’il est isolé dans les montagnes…

Sachez qu’un hélicoptère lui monte son ravitaillement pour les 4 mois d’estive en début de saison.

Attention. Images impressionnantes ! (bravo au pilote)

La Cabane d’Embyzon

Là attention… On ne joue plus dans la même catégorie. Si vous aimez le confort… passez votre chemin 😁

Y’a pas grand-chose niveau confort. Même mon téléphone ne capte pas.

Voici la cabane où j’ai passé 2 mois :

cabane de berger à embyzon

Cette petite cabane dispose quand même qu’une gazinière…

Cabane d'Embyzon

Le lit. Simple, mais on y dort finalement très bien.

Oui, je sais… ça fait peur. C’est extrêmement précaire.

Mais ce fut tout de même une belle expérience.

La cabane de Siguer – La Unarde

Là, c’est la cabane grand luxe. En plus d’être très belle et parfaitement incrustée dans le paysage, cette cabane est très confortable. Spacieuse, lumineuse, elle dispose d’un poêle à bois, d’une grande cheminée, de l’eau courante, d’une arrivée d’eau chaude et top du confort… d’une cabine de douche.

Y’a même du réseau téléphone et de la 4G (j’ai pu écouter mes podcasts préférés).

La cabane bes bergers de Siguer

Elle est magnifique cette « cabane » avec son toit végétal !

Intérieur de la cabane

On y trouve tout le confort d’une maison.

Les plaisirs du berger sont offerts par la Nature…

Si les cabanes sont importantes pour le repos et pour les jours de mauvais temps, l’essentiel se passe quand même à l’extérieur… Dans les montagnes. Avec le troupeau.

Je crois que les images parlent d’elles même 😍

 

Troupeau de brebis en montagne

Retrouver son troupeau de brebis au lever du soleil

Berger gardant son troupeau

Le plaisir de contempler son troupeau…

Troupeau de brebis

ou de marcher derrière lui.

Ramasser le troupeau le matin

Toute la vallée est sous les nuages… Seul le berger bénéficie des premiers rayons du soleil.

Julot, chien de berger

Voici Julot ! Le chien est le meilleur compagnon du berger…

Coucher de soleil sur les montagnes à Siguer

La récompense de fin de journée… Le coucher de soleil sur les montagnes pyrénéennes.

Ce que j’ai aimé

– Le sentiment de liberté et la sensation que la montagne nous appartient.

– Le plaisir que procure la contemplation de son troupeau.

– La relation forte que l’on crée avec son chien.

– Une vie simple, proche de la nature.

– Le capital sympathie du berger auprès du grand public et les relations avec les randonneurs que l’on croise.

Ce que je n’ai pas aimé

Il n’y a finalement pas grand-chose que je n’ai pas aimé…

– Les 10 derniers jours de septembre où la fatigue physique accumulée se fait sentir, et où les conditions météo se dégradent (gel le matin, pluie, brouillard et la nuit qui tombe plus tôt).

– Le manque de considération de certains éleveurs. Y’en a qui n’en ont rien à foutre du berger. D’ailleurs, on ne les voit que le jour de la montée en estive, et le dernier jour pour récupérer leurs bêtes. Alors que d’autres prennent des nouvelles, et nous rendent visite pour nous monter des produits frais (pain, fruits, légumes).

Conclusion

Ces 4 mois à travailler comme berger dans les Pyrénées ont marqué ma vie à jamais.

J’ai pas mal bourlingué, j’ai voyagé dans de nombreux pays, et vécu des choses extraordinaires comme le séjour à Phuktal, tenter de traverser l’Inde à pied ou descendre dans le coeur d’un volcan en activité en Indonésie…

Mais cette expérience de berger a clairement été l’un des moments forts de ma vie.

Berger est un métier difficile. Très difficile.

Mais quel métier magnifique. Que de moments fabuleux à vivre. La sensation de marcher seul en pleine montagne à déplacer un troupeau accompagné de son chien est juste… MAGIQUE !

Je souhaite à tout le monde de pouvoir vivre au moins 1 fois dans sa vie des moments aussi beaux.

(Au moment où je rédige ces phrases, je me demande même pourquoi je ne suis pas en train de me préparer à faire une autre estive. Nous sommes le 21 mai. Les bergers sont prêts à remonter pour une nouvelle estive qui va démarrer d’ici une dizaine de jours).

Si certains veulent tenter l’aventure, vous trouverez ci-dessous les centres de formation pour devenir berger d’alpage.

Formations pour devenir berger… même après 40 ans

Si l’accès au métier ne requiert pas de diplôme obligatoire, il est recommandé d’avoir suivi une formation, surtout si vous n’êtes pas issu d’une lignée d’éleveurs ovins.

Peu d’établissements proposent des formations pour devenir berger. À ma connaissance, il y en a que 4 en France :

Conditions d’accès. Avoir plus de 18 ans (pas de limite d’âge. J’étais le plus vieux du haut de mes 42 ans. Moyenne d’âge une petite trentaine).

Centre de formation du Merle (Bouches-du-Rhône)

C’est peut-être la formation la plus connue.

Le Merle propose un BPA TPA ER / «Berger Transhumant»
C’est-à-dire un Brevet Professionnel Agricole – Travaux de la Production Animale, Élevage de Ruminants / «Berger Transhumant».

La formation dure 12 mois, et démarre en septembre.

Il y a 15 places par an.

Quand je m’étais renseigné, il n’y avait pas de possibilité de financement de la formation dans mon cas. Il fallait donc payer l’intégralité de la formation de sa poche, évaluée à un peu plus de 7.000€. Je n’ai donc pas donné suite.

À l’époque, il y avait possibilité de louer une chambre dans le centre de formation pour 400€ par mois.

Plus d’informations sur le site de l’école du Merle : BPA TPA ER / Berger Transhumant

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CFPPA des Hautes- Pyrénées

La formation prépare au titre de Berger Vacher Transhumant.

Elle se déroule par alternance durant 2 ans, et démarre en mars (1 année sur deux).

En 2018, il n’y avait pas de rentrée…

Plus d’informations sur le site du CFPPA des Hautes-Pyrénées : Formation Berger Vacher Transhumant

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Reinach – CFPPA de Die (Savoie)

La formation démarre en mai, et prépare au titre de Berge-Vacher d’Alpage.

Pour se présenter en 2018, il faut pouvoir justifier d’au moins 15 jours de stage chez un éleveur ovins d’au moins 250 bêtes.

J’avais donc fait du woofing pendant 1 mois chez un éleveur dans les Alpes.

Je sais que la région Auvergne Rhône Alpes peut financer la formation… Mais quand j’avais appelé, il n’y avait que très peu de dossiers financés, et ils ne connaissaient pas les conditions d’attribution (?!).

J’ai été très déçu des échanges que j’ai eus avec ce centre de formation. Quand je les avais au téléphone, je les sentais très peu impliqués, et ils n’avaient que peu d’informations à me donner. Difficile de savoir combien il y avait de places, comment financer la formation, etc.

Le dossier que j’avais préparé n’a jamais été envoyé car j’ai pu intégrer le CFPPA Ariège – Comminges qui démarre sa formation plus tôt.

Plus d’informations sur le site de Reinach : Formation Berger Vacher d’Alpage

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CFPPA Ariège – Comminges

C’est la formation que j’ai faite.

Le diplôme préparé est un BPA TPA Élevage de Ruminants – «Berger Vacher». C’est-à-dire un Brevet Professionnel Agricole – Travaux de la Production Animale Élevage de Ruminants – Berger Vacher. Comme à l’école du Merle.

La formation démarre en mars, après une sélection en février. Elle dure 8 mois (de début mars à début novembre), inclus stage chez un éleveur et les 4 mois d’estive.

Il y a 10 places par an. En 2018, environ 35 personnes se sont présentées aux sélections de février. 12 personnes ont intégré la formation. Puis après 6 semaines de formation, 9 ont été retenues pour continuer jusqu’au bout. 6 personnes ont terminé la période d’estive (3 abandons donc). Et 5 personnes ont été diplômées à l’issue de la formation.

Le permis de conduire et un véhicule sont exigés.

La formation est payée à 100% par la région, qui en plus, peut attribuer une rémunération à ceux qui ne bénéficient pas d’allocations chômage (dans mon cas c’était près de 800€ par mois). C’est la seule formation en France qui propose des conditions aussi avantageuses.

Pour l’hébergement il faut se débrouiller par ses propres moyens. Je louais un bungalow au Camping d’Audinac Les Bains (à 5 minutes de centre de formation de St Girons où sont dispensés les cours). Les propriétaires du camping sont incroyablement gentils !

La formation qui inclut de nombreux jours de stage chez un éleveur (un peu trop à mon goût), combine formation théorique au centre de St Girons (et parfois à Pamiers) et formation pratique sur le terrain.

J’y ai passé d’excellents moments, aussi bien avec le corps enseignant qu’avec les élèves de la promo.

Plus d’informations sur le site du CFPPA Ariège-Comminges : BPA TPA Berger Vacher

Remerciements

Je remercie…

Eric et Katia pour m’avoir pris en stage sur leur exploitation. Ainsi que leurs fils Antoine et Benjamin qui avaient autre chose à foutre que de se trainer un apprenti de 40 balais…

Nicolas et Sébastien pour avoir partagé la montagne avec moi.

Les formateurs du CFPPA, ainsi que Charlotte, et les divers intervenants externes notamment Thierry (le « papa » de Julot).

Les élèves qui ont suivi la formation avec moi : Aude, Domitille, Ève, Julie, Fabien, Renaut, Savino et Solenn (avec mention spéciale pour Aude et Solenn pour avoir ambiancé la promo 🤘).

Tous les éleveurs du GP de Siguer-La Unarde pour leur accueil et leur générosité, et plus spécialement Olivier, Éric, Solenn, Marc et la brave Douckie.

Thierry de la Fédération Pastorale de l’Ariège.

Fernand et son fils du GP de Campalou Embyzon.

François et le fougueux Max.

Le patron du St Roch à Tarascon (dont j’ai oublié le prénom) pour les mémorables gueuletons dans sa cabane.

Et le meilleur pour la fin… Julot ! Formidable compagnon d’aventure et de travail, qui avec un peu de patience et d’affection, s’est révélé être un vrai bon chien de berger (mais ça, ceux qui lui ont filé des coups de pied ou de « ganch » n’ont pas pu le voir).

Merci à toutes ces personnes de m’avoir fait vivre une année 2018 mémorable !!

Alexandre Rousselle

Article écrit par Alexandre Rousselle

Véritable fan de marketing (si si, je vous jure ça existe), je gagne ma vie sur internet depuis 2002. J'accompagne les indépendants passionnés qui ont besoin d'un coup de pouce pour faire décoller leur activité... grâce à la magie du web.

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