Mal Aigu des Montagnes (MAM) : symptômes et prévention

Ayant passé plus de 3 mois au Ladakh (Inde) à une altitude moyenne de près de 3500m, et ayant réalisé de nombreux treks notamment lors de la traversée de l’Inde à pied, j’ai (je pense) acquis une certaine expérience concernant le mal aigu des montagnes. Ce que j’écris dans cet article résulte de nombreuses recherches sur le sujet. Je traite l’expérience personnelle de ce mal à la fin de l’article.

Définition et causes du mal aigu des montagnes

Le Mal Aigu des Montagnes (MAM), aussi appelé mal des montagnes ou mal d’altitude est caractérisé par un ensemble de troubles physiques lié à la haute altitude. Ces troubles sont en réaction à 2 phénomènes que l’on observe avec une augmentation de l’altitude :
– la pression atmosphérique diminue
– l’oxygène se raréfie

Le mal aigu des montagnes se manifeste lors d’une ascension trop rapide.

Notre organisme est capable, dans une certaine limite, de s’y adapter en augmentant le rythme respiratoire, ainsi qu’en produisant plus de globules rouges (qui transportent l’oxygène). Cette adaptation demande un peu de temps, c’est ce que l’on appelle la période d’acclimatation.

Un peu de physique

Au niveau de la mer, la concentration en oxygène dans l’air est de 21%, et la pression atmosphérique est de 760 mm de mercure. En prenant de l’altitude, la pression atmosphérique diminue. La concentration en oxygène reste la même (21%), mais la diminution de la pression fait que l’on respire moins de molécules d’oxygène par inspiration. A 3.650 mètres, la pression tombe à 485 mm de mercure, et la quantité d’oxygène inspirée diminue de 40%. En respirant plus vite on arrive à augmenter la quantité d’oxygène dans notre sang, mais cela ne permet pas de retrouver le taux d’oxygénation que l’on a au niveau de la mer.

Symptômes du mal aigu des montagnes

Les formes les plus sévères du mal des montagnes sont mortelles. Il convient donc d’être très attentif aux symptômes et de respecter quelques règles de prévention.

Les symptômes les plus courants sont les maux de tête (pouvant être très violents), l’essoufflement, les vomissements et une fatigue anormale. Les nuits peuvent être perturbées par de l’insomnie. A un stade plus sérieux, des troubles neurologiques peuvent survenir : vertiges, agressivité ou au contraire léthargie, coma.

Notez que nous ne sommes pas égaux face à l’altitude. A un même niveau, certains se sentiront en pleine forme, alors que d’autres auront un léger mal de tête, et d’autres une grosse migraine avec des vomissements.

L’échelle de gravité des symptômes

Stade 1 : Maux de tête calmés par des antalgiques classiques (paracétamol, aspirine)
Conseil : au dessus de 3000m, ne dépassez pas 400m entre 2 nuits consécutives

Stade 2 : Maux de tête résistants aux antalgiques + troubles digestifs + éventuellement troubles accessoires*
Conseil : se reposer un jour ou deux à la même altitude, prendre des antalgiques classiques et s’hydrater beaucoup

Stade 3 : Maux de tête violents, difficulté respiratoire au repos et/ou troubles neurologiques (les problèmes d’équilibre arrivent souvent en premier)
Conseil : redescendre au plus vite, oxygène, prise d’acétazolamide, caisson hyperbare

* Troubles accessoires :
– maux de tête +++
– insomnie ++
– troubles digestifs +
– essoufflement
– manque d’appétit
– urine peu abondante
– désorientation
– vertige
– irritabilité
– dépression

Pathologies graves liées à l’altitude

L’œdème pulmonaire (OPHA = Oedème Pulmonaire de Haute Altitude) : L’OPHA résulte d’une accumulation de liquide dans les poumons, empêchant ainsi un échange efficace d’oxygène. Quand la situation devient plus grave, le niveau d’oxygène dans le sang diminue, ce qui peut conduire à une cyanose, des troubles de la fonction cérébrale, et à la mort. Les symptômes comprennent l’essoufflement même au repos, sensation d’oppression dans la poitrine, fatigue marquée, sensation de suffocation imminente la nuit, de la faiblesse, et une toux persistante, productive d’un liquide ou mousse blanche. Toute personne souffrant d’OPHA doit être évacuée vers un centre médical.

L’œdème cérébral (OCHA = Oedème Cérébral de Haute Altitude) : L’HACE est le résultat du gonflement du tissu cérébral dû à une fuite de fluide. Les symptômes peuvent inclure des maux de tête, perte de coordination (ataxie), une faiblesse, et de la diminution de la conscience, y compris, désorientation, perte de mémoire, hallucinations, comportement psychotique, et le coma. Il se produit généralement après une semaine ou plus à haute altitude. Les cas graves peuvent entraîner la mort s’il n’est pas traité rapidement. Il existe des médicaments qui peuvent être prescrits pour le traitement dans le domaine, mais ceux-ci exigent que vous ayez une formation adéquate à leur utilisation. Toute personne souffrant d’OCHA doit être évacué vers un centre médical.

Prévention du mal des montagnes

Pour éviter de souffrir du MAM il convient :
– De monter progressivement en respectant des paliers, pour laisser à l’organisme le temps de s’adapter.
– Pensez à bien vous hydrater (au moins 2 litres par jour).
– Mangez sainement et favorisez les hydrates de carbone (riz, pâtes).
– Evitez le tabac et l’alcool.
– Reposez vous suffisamment.

Comment s’acclimater en montagne ?

– Si vous arrivez directement à plus de 2500m (par voiture ou par avion), accordez vous une à deux journée de repos, sans faire d’activité physique. Restez tranquillement à bouquiner dans votre chambre.
– Si vous êtes à plus de 3000m, ne progressez pas de plus de 400m par jour, et tous les 1000m, accordez vous une journée de repos à cette altitude.
– « Grimper haut et dormir bas » : celle maxime utilisée par les grimpeurs signifie que vous pouvez monter de plus de 400m sur la journée, si vous redescendez dormir plus bas.
Ex: vous partez le matin à 3500m, vous montez dans la journée jusqu’à 4200m, mais vous redescendez à 3900m pour dormir.

Important : 
– Si vous souffrez de symptômes modérés, n’allez pas plus haut tant que ces derniers n’ont pas disparu.
– Si les symptômes s’aggravent, descendez au plus vite !!

Traitement contre le mal d’altitude

En cas de symptômes légers

Le repos et la prise d’antalgique (aspirine, paracétamol) sont suffisants. Pensez à boire beaucoup.
Bien évidemment, pas d’ascension tant que les symptômes n’ont pas disparu.

En cas de symptômes sévères (stade 3)

Il y a urgence vitale. Il faut donc redescendre au plus vite et consultez un médecin de toute urgence. Si vous êtes dans l’impossibilité d’aller plus bas, utilisez un caisson hyperbare pour simuler une descente en augmentant la pression au sein du caisson. Prendre de l’oxygène. L’utilisation de médicaments spécifiques est d’usage (voir ci-dessous).

Les médicaments contre le MAM

A cause des contres indications et des effets secondaires, les médicaments cités ci-dessus ne doivent pas être administrés sans avis médical préalable.

Le Diamox (acétazolamide)

Le Diamox est un diurétique particulièrement efficace surtout en préventif. Commencez le traitement 2 jours avant d’arriver en altitude.
Posologie : 1 comprimé de 250mg le matin, et 1 le midi
Continuez le traitement 4 à 5 jours après votre ascension si vous restez en altitude (au camp de base).

Le Viagra (slidénafil)

Le Viagra est connu pour les troubles d’érection. Mais son action bénéfique sur le mal aigu des montagnes et surtout sur l’oedème pulmonaire est validée.

Le Célestène (bétamétasone)

A utiliser dans les cas graves et récalcitrants du MAM. Le Célestène s’administre par injection de 8mg, à renouveler toutes les 6 heures jusqu’à disparition des signes.

Mon expérience du mal aigu des montagnes

Ce que j’écris à partir de maintenant ne concerne que mon expérience personnelle. Etant tous différents face au mal des montagnes, ne vous basez pas sur mes ressentis pour réaliser votre programme d’ascension en haute montagne.

Je suis arrivé à Leh (3500m) vers 11h00 directement depuis New Delhi. A partir de 18-19h, j’ai commencé à ressentir les premiers symptômes du mal des montagnes. Quelques maux de tête (atténués par de l’aspirine), de légères nausées, et surtout un état de fatigue générale. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le sommeil la première nuit. Ne sortant que quelques heures par jour, je passais la plupart de mon temps sur le lit de ma guesthouse à attendre que le temps passe. Je suis resté dans cet état durant 2 jours, les symptômes disparaissant presque de façon instantanée.

J’ai croisé de nombreux voyageurs provenants directement de New Delhi n’ayant pas ou pratiquement pas de symptômes. Et j’ai croisé aussi un jeune type d’une vingtaine d’années (pour le coup vraiment pas chanceux) qui a fait un oedème pulmonaire 2 jours après son arrivée (ce qui est plutôt rarissime à cette altitude). Comme quoi, nous ne sommes pas égaux face au MAM !

Après plusieurs semaines de vie à 3500m et quelques treks aux environs de 4200m, mon organisme était parfaitement acclimaté. Je pouvais passer de 3000m à 4000m (et y dormir) en une journée, et enchainer le lendemain un passage de 4000m à 5000m (et y dormir). Dans la mesure du possible, j’essayais de ne pas dépasser 800m d’ascension par jour (sur les 400 maxi recommandés), mais si je faisais plus cela ne me causait pas de problème. Aucun mal de tête, pas de problème respiratoire particulier, pas de manque d’appétit… Le seul symptôme montrant une ascension rapide était une urine peu abondante et foncée.

Au dessus de 5000m, j’étais plus vigilant et attentif. Mais n’ayant jamais dépassé les 5400m d’altitude, les paliers d’ascensions étaient donc dans la norme recommandée. Je n’ai pas eu de problème particulier à 5400m… faut dire que ce n’était qu’un passage, et que je passais ma nuit un peu plus bas (entre 5000m et 5200m).

Durant les treks je n’ai jamais eu besoin d’utiliser d’antalgique. Je n’ai jamais pris de diamox en prévention, mais j’avais une tablette dans ma trousse à pharmacie au cas où – en Inde, une tablette de 15 comprimés coute 60 roupies, c’est à dire 75 centimes d’euro. Si vous trekkez en Inde, achetez vos médicaments sur place ;-)

  • Coucou Alex!! Comment vas-tu depuis Leh? Tu en es ou?
    J’ai été surprise et contente d’avoir de tes nouvelles via la page de Ryan le sac à dos parce que j’avais perdu ton contact et impossible de te retrouver sur facebook! D’ailleur si tu peux me les redonner sa serait super!
    En Inde j’avais aussi eu des tes nouvelles par des neo zelandais qui t’avaient croisé, ils m’ont dis que tu as acheté une charette pour transporter tes affaires…j’ai pensé  » il est ou l’ane alors? » ;) Sinon moi depuis, je suis rentrée en France et je suis en train de préparer un projet un peu fou avec un autre francais rencontré en Inde: 6 mois pour aller en antarctique en stop et bateau stop deguisé en manchots…on bosse dessus: videos, recherche de sponsors et partenariat, cowfunding, actions de com, flyers, brocantes.. espèrons que tu en entendera parlé de la ou tu es! ;) je t’embrasse !

  • Cool, même si toutes ces indications restent idéales et personnelles elles sont aussi très pratiques et finalement faciles à adoptees et adaptées.
    Merci
    Éric

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