25 jours au monastère de Phuktal (Zanskar – Inde). Suivez le guide !

Si vous êtes un fidèle de l’excellente émission Rendez-vous en terre inconnue, présentée par Frédéric Lopez, vous avez peut-être déjà entendu parler du monastère de Phuktal.

Gilbert Montagné qui avait séjourné au Zanskar, dans le village de Purne (à 5 km de Phuktal), avait eu la chance de le voir visiter.

Le monastère de Phuktal

Personnellement j’ai découvert Phuktal dans un documentaire de Marianne Chaud intitulé Himalaya, le chemin du ciel, qui nous fait suivre le quotidien de Kenrap, jeune moine de 8 ans.

Moine que j’ai retrouvé en juillet 2015, lors de ma première visite au monastère. Il avait 15 ans, et était loin d’être éveillé comme le montrait le documentaire… l’âge bête de l’adolescence n’épargne visiblement personne, pas même un moine bouddhiste clin d'œil

Présentation du monastère

Monastère de Phuktal

Phuktal se situe au nord de l’Inde, dans la partie himalayenne du pays, dans une région que l’on appelle le Zanskar. Les habitants du Zanskar sont les Zankarpas, et ils parlent le zanskari.

Le monastère d’une soixantaine de moines (35 enfants et 25 adultes) a été construit au XII siècle à l’intérieur d’une grotte. Particulièrement isolé, il se trouve à une altitude de 3.900 m.

Le premier Occidental à avoir séjourné là-bas, est un Hongrois du nom de Sándor Kőrösi Csoma. C’était en 1826.

Des moines à Phuktal

1er séjour : 10 jours au monastère de Phuktal

Mais que vais-je faire à Phuktal ?

Pensez-vous qu’il faille toujours une bonne raison pour faire quelque chose ?

Moi, je ne le pense pas.

Et ça m’arrange, car pour être honnête, je n’ai pas la moindre idée du pourquoi j’ai voulu aller dans ce coin perdu.

J’ai juste vu des images incroyables. J’ai donc voulu le voir de mes propres yeux. Je ne me suis pas posé de questions, j’y suis allé. Simple non ?

En fait, l’idée que j’avais eue était de passer un hiver complet dans le monastère, tout comme l’avait fait le célèbre photographe Olivier Föllmi dans les années 80. Ce premier séjour était donc l’occasion de faire connaissance avec les moines et de me faire accepter par la communauté.

Mon quotidien avec les moines

visite du monastère de Phuktal

Vivre à Phuktal c’est un peu comme remonter le temps et revenir au moyen âge.

On dort dans une petite cellule (6m2) sur un matelas crasseux posé à même le sol (encore plus crasseux).

De la poussière tombe du plafond, des gouttes d’eau aussi quand il pleut.

Le soir j’avais la visite d’une petite souris qui se baladait sur les branches qui constituent le plafond.

Les toilettes sont de simples trous au-dessus de la falaise.

La salle de bains, en plein air, se résume à un tuyau d’eau qui se trouve à 200m de la chambre. On ne peut s’y laver que les mains, le visage et les dents ; mais la vue imprenable est d’une beauté renversante.

Si l’on veut se laver complètement, il faut aller à la rivière (un bon quart d’heure de marche). Ça va peut-être vous paraitre étrange, mais quand il fait beau, c’est vraiment agréable. Et pendant qu’on se lave, on fait sécher son linge sur les rochers chauffés par le soleil.

On mange des produits sains, frais, cultivés dans les champs de la vallée. Pas de viande ; que des soupes, des légumes, du riz et des nouilles fraiches. Un régal.

Vivre à Phuktal, c’est retourner à l’essentiel.

Putain qu’ça fait du bien !! C'est cool

terrasse de Phuktal

Exemple d’une journée type

6h30 : Réveil en douceur. Si à 6h45 je ne suis pas sorti de mon sac de couchage, un petit moine a pris l’habitude de venir me réveiller.

7h00 : Direction la salle de bains. Un jour sur deux, sur le chemin je croise un vieux moine de 80 ans qui remonte du bois dans un panier (type panier de vendange en osier). Du coup, je porte son fardeau jusqu’à sa cellule… Un enfer tellement c’est lourd ! Comment arrive-t-il à porter une telle charge à son âge ?

7h30 : Séance de sport. Vaut mieux ne pas avoir croisé le vieux avec son bois juste avant clin d'œil
Footing autour des chortens. Les meilleurs, ils ont dix, douze ans, mettent moins de dix minutes pour faire le parcours. J’en mets plus de quinze.

8h00 : Petit déjeuner. Thé au beurre (ça par contre, ce n’est franchement pas bon), reste de la soupe de la veille s’il y en a, et la fameuse tsampa (farine d’orge grillée).

9h00 – 11h00 : Je donne des cours d’anglais. Si, si. Je suis sérieux. Ceux qui connaissent ma maitrise de la langue de Shakespeare peuvent se marrer.

11h00 : Je suis en cuisine pour préparer le repas. Deux moines sont affectés à cette tâche, et visiblement ce n’est pas ce qu’ils préfèrent… contrairement à moi.

12h00 : Repas. Souvent du riz avec des légumes (tomates, poivrons, oignons, pommes de terre, aubergines, carottes) cuits dans un bouillon aromatisé au curcuma et au garam masala.

13h00 : À l’aide d’une pierre, je réduis en poudre diverses plantes, fleurs et épices séchées servant à faire des traitements ayurvédiques.

14h00 : Diverses occupations en fonction des besoins de la communauté. Construction d’un pont ou d’un escalier en pierres, ramassage de bois, aller chercher ou rapporter des ustensiles dans les villages alentour, etc.

15h00 : Si je suis au monastère (pas souvent à cette heure là), c’est la pause thé.

18h00 : Je suis en cuisine pour préparer le repas du soir.

19h00 : Repas. Souvent c’est thukpa. Soupe dans laquelle on met des nouilles (fraiches, faites juste une heure plus tôt).

19h45 : Tout le monde a regagné sa cellule. Je fais de même et bouquine un peu.

21h00 : Je dors déjà à poings fermés.

Intérieur de la cuisine

L’intérieur de la cuisine. Simple… mais fonctionnelle.

Salle de classe organisée sur le toit

Cours de philo sur le toit (l’école a été détruite le 7 mai 2015 par une gigantesque inondation).

Et la suite…

Après 10 jours à partager le quotidien des moines,  je suis pleinement accepté par la communauté.

J’ai donc  prévu de retourner à Phuktal l’été prochain. Il faut que je commence à constituer mon stock de bois pour préparer l’hiver (y’a pas de chauffage là-bas, et en janvier il fait -20°C).

J’ai aussi envie de les aider à reconstruire l’école qui a été détruite le 7 mai 2015 à cause des inondations. Ainsi que tout ce qui aura était détruit par le prochain hiver (chemins, ponts, etc.).

Et puis Lama Thinley, chargé des cours de philosophie bouddhiste, voudrait que j’enseigne de nouveau.

2ème séjour : 15 jours à Phuktal

Comme je me l’étais promis un an plus tôt, le 3 juin 2016 je suis de retour à Phuktal.

Cette fois je n’arrive pas les mains vide cadeau

Donation au monastère de Phuktal

Une collecte pour les moines

Grâce à la générosité de quelques personnes qui m’ont acheté des photos prises lors de mon premier séjour, j’ai pu apporter :

  • Du matériel médical : compresses, bandes, pansements, ciseaux, etc.
  • Des médicaments et désinfectants : plus de 300 comprimés d’anti douleur, savons antiseptiques, plusieurs flacons de désinfectants, crèmes et solutions diverses.
  • Un guide médical (en anglais) de 43 pages pour apprendre entre autres à soigner une plaie, traiter une brulure, gérer une fièvre ou une diarrhée, soigner une morsure de chien, traiter un abcès dentaire, etc. J’ai bien évidemment adapté le guide à leurs compétences, à leur condition de vie et aux matériels dont ils disposent.
  • 120 tirages de photos prises lors du premier séjour (pour les distribuer aux enfants)
  • Une enveloppe contenant 50.000 roupies (650 euros)

Que s’est-il passé en 1 an ?

La vie dans le monastère n’a pas changé.

Les moines sont fidèles à eux-mêmes. Les enfants sont toujours aussi joueurs et bagarreurs. Les adultes toujours aussi tranquilles et détachés.

Les moines de phuktal

Cinq jeunes enfants sont arrivés depuis l’année dernière.

Un p’tit vieux de 83 ans est parti. Je me souviens bien de lui. Tous les matins il attendait que j’aille me brosser les dents à la source, pour que sur le chemin du retour, je lui porte son panier rempli de bois. Le malin ! Pour son âge, il était d’une force et d’une agilité incroyables. Mais un problème pulmonaire qui a dégénéré lui a donné son ticket pour un nouveau tour sur terre, dans une nouvelle vie…

Cette année, pas besoin de mes compétences d’enseignant. Et ça tombe bien, je n’en ai pas sourire

En fait, 2 jeunes étudiants volontaires, originaires de Delhi, sont là pour enseigner pendant 1 mois, avant pour l’un de partir faire son master d’ingénierie en Nouvelle-Zélande, et pour l’autre un PhD (doctorat) en biologie en Australie. Il y a un total 4 profs, pour 4 groupes de niveau…

Je peux donc me consacrer à mon activité favorite… la cuisine.

Elle a d’ailleurs été refaite. Le mur a été cassé, et remplacé par une baie vitrée. Le cuisinier est passé chef cuisinier, et a maintenant un commis pour l’aider.

Durant ce séjour, j’ai vu une équipe de travailleurs népalais commencer la reconstruction de l’école, et une ONG d’une vingtaine de personnes électrifier le monastère (qui avait pourtant déjà du courant. WTF !).

Le chef de la cuisine

Le cuisinier et son commis en arrière plan

Un ressenti qui me dérange…

Je dois avouer que mon 2ème séjour ne se passe passe comme je l’aurais souhaité.

Un drôle de sentiment m’habite triste

Je ne retrouve pas les bonnes vibrations de mon premier séjour.

Il y a maintenant beaucoup plus de touristes; Jusqu’à 2-3 groupes qui passent dans une journée.

Ils ne restent pas longtemps, généralement une heure ou deux. Les plus téméraires passent une nuit dans la guesthouse que les moines ont installée à 500m du monastère. Mais c’est – à mon goût – déjà trop.

La sensation d’isolement, propice à la réflexion et à la méditation, commence à disparaitre…

Et pire encore. Les 4 jours qu’a passés l‘armada caritative venue électrifier un monastère, qui avait déjà du courant…

Les mecs se comportent comme des connards. Genre les bons occidentaux bien instruits qui viennent rendre service à des pauvres petits moines, pour avoir le sentiment de faire quelque chose de bien dans leur vie.

Ils mettent leur installation en place, sans aucune concertation avec les moines, sans prendre en compte leur envie et leur besoin (d’ailleurs les moines ne se priveront pas de démonter une partie du câblage quelques jours après le départ de l’ONG) .

Ils sont venus avec une équipe de vidéastes pour faire un documentaire sur leur intervention. En fait, c’est surtout une pub qui va circuler dans les services de com’ des grands groupes qui financent le projet. Ils demandent aux moines de faire des pujats (offices religieux) juste pour les caméras. Ça m’énerve d’assister à cette mascarade…

Et le pire, avant de repartir ils font installer à l’entrée du monastère un encart énorme de 150 x 100 cm aux couleurs de leur association, avec une mention du genre : « Le monastère de Phuktal a été électrifié grâce à la générosité de l’association de mes couilles le 10 juin 2016 ».

JE SUIS ÉCŒURÉ dégouté

Comment aller au monastère de Phuktal ?

Vue depuis la cuisine

C’est surement la question que l’on me pose le plus par e-mail…

« Alexandre, comment fait-on pour se rendre au monastère de Phuktal ? Est-ce que tu pourrais me donner l’itinéraire ? »

Avec « Est-ce que les femmes sont admises au monastère ? » (pour info, la réponse est OUI. Tu peux séjourner à Phuktal si tu es une femme).

Pendant longtemps j’ai refusé d’y répondre. Un peu comme pour garder secret un lieu aussi magique.

Mais les choses évoluent (pas forcément dans le bon sens). Et il faut se faire une raison. Phuktal est de moins en moins isolé… et va se transformer en attraction touristique, notamment avec la construction d’une route qui va faciliter grandement l’accès.

C’est peut-être – même surement – une bonne chose pour les moines et les habitants des villages alentour.

Mais, et j’y reviendrai dans la conclusion cet article, je ne retournerai plus à Phuktal.

Alors, si vous voulez y faire un tour avant qu’il soit transformé en Disneyland, voici comment aller au monastère de Phuktal (depuis Leh) :

Avertissement ! Mon dernier séjour remonte à 2016. Les choses évoluant rapidement dans la région, il peut y avoir quelques changements par rapport à ce que je vais écrire (nouvel itinéraire, tarifs plus élevés, etc.)

1ère étape : Leh – Kargil (1 jour)

Prenez le bus au polo ground à 5h. Achetez votre ticket la veille, au chauffeur du bus qui partira le lendemain matin (il est généralement présent à partir de 17h).

Le ticket de bus coute 500 Rs (en 2016).

Prévoir 9-10 heures de trajet. Si vous voulez éviter de décoller à la moindre bosse (et y’en a beaucoup), ne choisissez pas une place à l’arrière du bus. Mettez-vous impérativement avant l’essieu arrière.

2ème étape : Kargil – Padum (1 jour)

Prendre une jeep partagée. Une fois que vous vous êtes posé dans un hôtel ou une guest house de Kargil (y’en a partout), votre mission n°1 est de booker une place dans une jeep.

Les jeep qui partent le lendemain à 5h, sont toutes sur le polo ground. Renseignez-vous sur place.

Le trajet prend 10 à 12 heures (230 km). Il coute entre 800 et 1.000 Rs… mais peut monter à 1.500, 2.000 Rs pour un étranger qui ne négocie pas. Les mecs sont sans pitié !

3ème étape : Padum – Phuktal (1 à 3 jours)

Un peu plus de 50 km séparent Padum du monastère.

J’ai toujours fait le trajet à pied. Ça prend 3 jours en marchant tranquillement. Il y a des villages avec des familles qui sont habituées à accueillir des trekkers. Ils fournissent le gite et le couvert contre quelques centaines de roupies…

Je pense qu’une route doit maintenant permettre de faire la quasi-totalité du trajet en voiture. En 2016, lors de mon 2ème séjour, elle était déjà construite à plus de 50%…

Depuis Leh, il vous faudra donc entre 3 et 5 jours pour y aller.

Quelques photos pour le plaisir des yeux… j'adore

moine en direction du monastère

retour du cours de sport

Sunny seul sur la terrasse

dans la cuisine

durant le cours de philosophie

2 jeunes moines

repas sur la terrasse

3 moines

moine qui sourit

le petit Sunny

Livres et documentaires sur Phuktal

Si Phuktal vous intéresse, voici quelques ressources pour creuser un peu…

1) Celui qui vivait comme un rhinocéros : livre de Sylvain Jouty sur l’histoire de Alexandre Csoma de Korös, le vagabond de l’Himalaya, premier Occidental à être allé à Phuktal en 1826

2) Himalaya, le chemin du ciel – Documentaire de Marianne Chaud à retrouver dans un coffret de 3 superbes films

3) 2 hivers au Zanskar : livre d’Olivier Föllmi

4) Rendez-vous en terre inconnue : Gilbert Montagné chez les Zanskarpas de l’Himalaya

Conclusion

Avoir séjourné à Phuktal est clairement l’un des évènements les plus marquants de ma vie.

Je ne peux m’empêcher d’y penser ou de regarder mes photos sans nostalgie et sans me dire « quelle chance d’avoir pu vivre une telle expérience !! »

.

Mais… comme je le disais plus haut dans cet article, je ne retournerai plus à Phuktal. Et mon projet initial d’y passer un hiver complet ne se fera pas.

Les choses évoluent (trop) vite, et le tourisme de masse arrive, même dans les coins les plus reculés. Il ne faut pas oublier que la classe moyenne indienne c’est 300 millions de personnes.

Une route va arriver à quelques kilomètres du monastère. Bientôt n’importe quel péquin pourra venir sans trop d’effort juste pour faire son selfie devant le monastère de Phuktal.

.

À ce propos… j’ai une anecdote :

À l’intérieur du monastère, une mère dit à son fils :

« Vas-y. Prends-nous en selfie »

« C’est pas la peine maman, c’est déjà pris des photos » répond le fils.

La mère insiste : « Oui, mais avec un selfie on aura la preuve qu’on était réellement là ! »

.

TELLEMENT AFFLIGEANT…

Je n’ai personnellement pas envie de croiser à longueur de journée des touristes aussi pathétiques dans un lieu aussi mystique que Phuktal.

Je préfère garder une bonne image de ce monastère millénaire… j'adore

les moines vous disent merci

.

Mise à jour :

Je viens de tomber sur le documentaire réalisé par l’ONG venu électrifier Phuktal. Si ça vous intéresse; voici le lien : Lighting The Himalayas Initiative Powers Up Phugtal Monastery.

Putain, ils sont fort pour la mise en scène… Le décalage entre ce qu’ils racontent et la réalité est juste énorme.

Alex

>